Commentaires sur le film

 

Mustapha Abdoun sur Années en parenthèses 2020-2022


Le film documentaire sur la pandémie du Corona de HEJER CHARF est à la fois un film esthétiquement et émotionnellement puissant, offrant une perspective unique et précieuse sur l'un des événements les plus importants de notre époque, LE COVID 19.

Du point de vue esthétique, le documentaire utilise une variété de techniques de réalisation pour raconter une histoire complexe et nuancée. Les images d'archives sont habilement intégrées, avec un montage fluide et efficace, pour donner vie aux événements clés de la pandémie, tandis que les témoignages et les interviews ajoutent une dimension supplémentaire à l'émotion et à l'authenticité.

Les prises de vue sont magnifiques et éloquentes, avec des plans larges des forêts canadiennes, déployant des couleurs à nulles autres pareilles. L’esthétique de ces majestueuses forêts n’est pas fortuite et s’intègre parfaitement dans le narratif du film pour rappeler à cette humanité consumériste, prétentieuse, dévastatrice et prédatrice les dons que la nature nous a confiée risque de disparaitre avec la course au profit des multinationales, faisant fi du bien être des générations futures. En somme un crime contre l’humanité. 

Mais dans son déroulement, le film de HEJER CHARF au-delà la pandémie alerte sur les dérives de nos contemporains quant à leurs actions, conscientes ou inconscientes, dévastatrices de la nature et de la planète.

Mais que reproche-t-on à la nature ? De respirer ? De vaquer à ses occupations naturelles qui préexistaient à l'émergence de cette humanité triomphante, conquérante, égoïste et destructrice. 

Choc des symboles, contradictions de la religiosité moderne… À juste titre préoccupée d’écologie et de protection de l’environnement, la conscience contemporaine avait fini, dans sa forme candide - ou extrême - à considérer la Terre comme une fragile victime de l’Homme. « Sauvez la planète » : le slogan utile comporte aussi sa part de naïveté. Ce qu’il faut sauver, en fait, ce sont les hommes menacés par la dégradation de leur environnement et non la Terre qui a survécu, telle une force indifférente, à des traumatismes autrement plus brutaux.  

Quelle inversion des valeurs et quelle confusion sous-tendue par un anthropomorphisme frisant le ridicule. L’idée contemporaine suppose qu’il y a au centre HOMO SAPIENS et tout le reste autour, en décor, en garniture, en cohortes de l’humain, divinité sur son piédestal. Or la nature est bien davantage qu’un « environnement ». Elle préexistait à Homo sapiens et vaut par elle-même, en dehors de toute utilité ou agrément pour une espèce élue. Élue par qui ? Par elle-même. Au-delà de toute misanthropie, la remise en question de l’anthropocentrisme, qui ne fut jamais une garantie de bienveillance et de compassion au sein de l’espèce. Que celui qui en doute daigne ouvrir un livre d’histoire ! Il se convaincra bien vite que

si « l’homme est un loup pour l’homme», cette comparaison, faite par d’autres, n’est insultante que pour les loups.

En somme, le film documentaire de HEJER CHARF sur la pandémie du Corona est à la fois un film esthétiquement et émotionnellement puissant, offrant une perspective unique et précieuse qui s’inscrit dans un témoignage que les générations futures découvriront. Ils verront les erreurs qu’ont commises leurs prédécesseurs, à l’ère de L’ANTHROPOCENE.